La Cerise
Dans cette lettre, des paillettes, un petit goût de reviens-y, une romance queer et 26 raisons de bien fermer sa bouche.
J’ai biberonné ma descendance aux comédies musicales. Prokofiev et Saint-Saëns se retourneraient dans leurs tombes de m’entendre qualifier ainsi leurs œuvres, mais je me disculperais en leur expliquant que leurs pièces étaient au même rang qu’Émilie Jolie ou Le Soldat rose dans les petites oreilles susmentionnées. Je ne justifierais d’ailleurs rien du tout parce que j’ai décidé d’arrêter de justifier mes sauts et mes gambades. Ensuite sont arrivés Mary Poppins (mon idole !), Chantons sous la pluie, West Side Story et compagnie…
Ces jours-ci dans ma vie… Les Demoiselles de Rochefort. Non pas le film de Jacques Demy et Michel Legrand, mais le spectacle, le show, le délire pailleté, au Lido !
Le dernier tableau majeur de Manet ne représente pas Le Lido mais les Folies Bergères. Qu’importe ! En découvrant les grands lustres du Lido j’ai eu l’impression de pénétrer dans ce tableau. Qu’importe doublement puisque la scène n’a pas du tout été peinte aux Folies Bergères mais recréée en atelier.
Donc donc donc, je me suis régalée avec Solange et Delphine dans la comédie musicale mise en scène par Gilles Rico, avec des costumes d’Alexis Mabille qui m’ont collé une furieuse envie de danser dans un costume à paillettes dans les rues.
Est-ce bien raisonnable ?

Si comme moi, tu es fan de comédies musicales, le dimanche à midi, ou en podcast sur France Musique tu peux écouter 42ème rue qui s’intéresse à l’actualité de ce genre en France, à Londres et à Broadway.
Y revenir ou pas ?
La vie est courte et pleine d’opportunités à saisir. Alors quoi ? On part toujours en vacances au même endroit ? On relit les livres et on revoit les films ? On boit tous les matins un café avec deux tartines de pain beurré ? (Francky, si tu me lis, elle est pour toi, celle-ci.) Ou on varie les plaisirs, on pioche, on butine ? Mes séjours parisiens sont un savant assemblage de ces deux approches. Je suis retournée chez Thaïsil parce que les restaus sans gluten (vraiment sans gluten - coucou les cœliaques !) c’est rare, même à Paris, et qu’en plus, ils sont hyper gentils. Le bonjour, le sourire et la gentillesse comptent triple dans cette ville, non ? Comme d’hab je suis retournée au musée Bourdelle dans le XVème : pour le silence et les rosiers, pour les briquettes et les parquets, pour les plâtres et les bronzes, pour le salon de thé, pour le plaisir.
J’y ai retrouvé une conteuse, Sylvie Mombo, rencontrée en festival du livre il y a quelques années. On s’était promis un café à l’occasion et on a passé bien plus de temps que prévu toutes les deux, à arpenter les allées du musée d’Orsay pour découvrir Renoir et l’amour, puis les allées du parc de Sceaux. On est copines désormais, non ?! Je vais aller écouter toutes ses chroniques sur sa chaîne Youtube.
La rumeur de la ville
Je cherche toujours le silence à un moment ou un autre de mes séjours parisiens.
Où le trouves-tu dans ta vi(ll)e ?
Je l’ai attrapé au 9ème étage du musée des arts décoratifs. Rez de chaussée bondé. Personne en haut. L’ascenseur qui va du 5ème au 9ème est difficile à trouver. La rareté des sièges sur les cinq premiers niveaux met les visiteurs à l’épreuve. C’est un peu le Koh-Lanta du parcours culturel. Mais si tu es dur·e au mal, ou très doué·e pour dégotter les ascenseurs qui montent au 9ème, tu verras Paris par des fenêtres extras et tu découvriras la poésie du design.
Du retour au calme au silence, il n’y a qu’un pas
Il est des fois où on ferait mieux de se taire…
Je passais devant la belle affiche des éditions de L’iconoclaste qui recense les 26 raisons d’ouvrir un livre en 2026 quand une copine me dit qu’elle est convoquée au collège car sa progéniture parle en classe sans discontinuer. Je lui ai suggéré de trouver avec lui 26 raisons de bien fermer sa bouche. A peine avais-je lancé cette invitation que ma machine à listes intérieure s’était mise en marche. J’en ai trouvé bien plus de 26 :
entendre les mouches voler, se reposer, déglutir, laisser retomber la vase,
sentir son cœur battre,
stopper le ragot, apercevoir un animal sauvage,
reposer ses muqueuses, laisser un ange passer, regarder dormir un bébé,
profiter du goût du chocolat, puis de celui du dentifrice,
se prendre pour un moine bouddhiste,
feindre la timidité, repérer la provenance des bruits suspects,
communiquer avec les yeux,
passer inaperçu·e, épargner son haleine aillée aux autres, entendre ses propres pensées,
ne pas ajouter à la cacophonie du monde, cultiver le mystère, garder un secret,
limiter le risque de dire une connerie,
pour rendre hommage juste une minute, pour changer
ou
pour lire en paix
Et toi, pour quelles raisons chéris-tu le silence ?
Oupsi ! Et la romance ?
Lue d’une traite et en silence, malgré la playlist qui l’accompagne. Sensible et juste, le texte de Sarah Maeght aborde l’anxiété, le deuil, les relations toxiques, l’amitié ET l’amour ♥.
De la tendresse et du désir, mais rien n’est écrit à la truelle. C’est délicat, c’est réjouissant et ça donne AUSSI envie d’investir dans un costume à paillettes. Si tu as besoin d’en savoir plus avant de l’acheter, l’emprunter, le lire, je te renvoie à la chronique radiophonique de Mahaut de Butler dont je découvre l’émission, La Bibliothèque des ados.
Voili voilou ! On se retrouve dans quinze jours et je n’ai pas encore la moindre idée de ce dont je te parlerai. J’espère que tu seras là malgré ma conclusion désastreuse et que tu auras même envie de transférer ma Cerise à tes aimé·e·s.
Héloïse







